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From: Raphaël-Blaise Ilunga
Userinfo: Las Vegas, USA, bdpgabon@home.com
Date: 2/27/99
Time: 7:16:12 PM
Chers amis:
Je crois qu'il y a une injustice qui est faite à notre frère Alexandre sur ce site et sur beaucoup d'autres. Je ne sais pas d'où nous venons, mais moi je sais que quand on vient du Gabon, il y a certaines réalités qui ne trompent pas et que l'on ne peut ignorer.
Malgré la difficulté qu'il y a à pouvoir expliquer clairement ce que l'on pense, je crois pouvoir expliquer clairement ce qu'Alexandre essaie de faire comprendre à ceux qui lisent notre site.
Pour pouvoir bien comprendre Alexandre, il faut d'abord, je crois, partir d'un point de vue qui pose comme base conditionnelle les faits suivants:
1) Les Gabonais sont-ils divisés?
La réponse est: OUI.
2) Les Gabonais sont-ils divisés ethniquement?
La réponse là encore est: OUI.
3) Sur la base de ces divisions, le Gabon peut-il être considérée comme une nation?
La réponse est: NON
4) Si les Gabonais sont divisés sur la base de leurs ethnies, où se situe la cause de ces divisions?
BONGO.
Je crois que si l'on pose comme postulat de raisonnement ces quatres principes, il est possible de voir certaines vérités dans ce qu'Alexandre dit.
Comprenons-nous bien. Les Gabonais n'en sont pas venus à se méfier les uns des autres par hasard. Il y a eu une force destructrice qui, depuis 31 ans, a entrepris de détruire le semblant de solidarité ethnique que le Gabon avait réussi à construire entre 1960 et 1967. Pendant cette période, les Gabonais étaient moins divisés ethniquement parce que Léon Mba n'utilisait pas la division ethnique comme arme servant à conforter son pouvoir. De même, losrque des militaires gabonais (Punu et Fangs) firent leur coup d'état en 1964, ils l'avaient fait de manière unie et aucun Gabonais, qu'il soit Fang, Myené, Punu, Téké ou autre ne s'était levé pour défendre Léon Mba. Pourquoi? Parce que Léon Mba était dictateur et toutes les ethnies gabonaises le savaient.
Dans le Gabon de Bongo, les choses sont différentes. Dès son arrivée au pouvoir, Bongo a instauré un faux discours ethnique qui visait à diviser ethniquement les Gabonais en leur faisant voir les Fangs et les autres ethnies comme un danger pour les autres. Il inventa de fausses histoires de rivalités ethniques que l'histoire du Gabon entre 1960 et 1967 ne contient pas. Par exemple, on voit qu'entre 1958 et 1964, la plus grosse rivalité politique au Gabon existait entre deux Fangs: Jean hilaire Aubame et Léon Mba. Jamais il ne s'est agi d'une opposition entre Fangs et autres groupes ethniques. De même, entre 1964 et 1967, le combat politque s'était concentré sur la dictature naissante de Léon Mba, mais les ethnies restaient admirablement solidaires dans le combat politique.
Cependant, la propagande de Bongo, avec l'aide de ses amis français, était tellement forte et tellement sophistiquée qu'elle a fini par conditionner les Gabonais à croire que les ethnies du Gabon voulaient s'entre-bouffer crues. NOus savons aujourd'hui, parce que nous pouvons étudier la vraie histoire du Gabon, que tous ces discours bongoïstes étaient faux.
Néanmoins, quand on voit les Gabonais vouloir s'entre-déchirer dès qu'un aspect ethnique est évoqué, on peut malheureusement se rendre compte de l'étendue des dégâts causés par Bongo.
Cependant, il nous faut nous rendre à l'évidence. Le Gabon n'est pas encore une nation. Loin de là. La preuve: tous nos partis politiques sont encore organisés sur la base de leurs ethnies respectives. A ce titre, toute perspective d'union nationale au Gabon risque de prendre du temps, le conditionnement dont ont fait preuve les Gabonais étant trop profond. Une autre preuve: chaque nomination de ministres au Gabon passe par un savant dosage ethnique, parce que Bongo sait que s'il lèse une quelconque ethnie, il pourrait lui-même périr par le feu qu'il a lui-même allumé. A ce titre, la compétence d'un ministre ne compte plus, mais plutôt le dosage ethnique. Parce que Bongo voulait gagner les élections et contenter les Punus, il en est allé jusqu'à créer un poste bidon de vice-président sans pouvoir, pour le donner à un punu. Il savait que par ce moyen, il pourrait s'assurer le vote des Punus.
Comme vous le voyez, Bongo est animé d'une folie dangereuse pour notre pays. Lui, il croit agir intelligemment. Mais il ne se rend pas compte des effets à long terme de cette politique néfaste pour notre pays.
L'ethnicisme est inacceptable dans notre pays. Mais je crois que plutôt que d'éviter d'en parler, il vaudrait peut-être mieux aborder ouvertement le problème de manière à chercher les voies et moyens pouvant permettre à notre peuple tout entier de retrouver la solidarité nationale et la mâturité politique qu'il avait avant l'arrivée néfaste de Bongo au pouvoir en 1967.
Donc, plutôt que de s'attaquer aux maladresses qui peuvent s'être glissées dans le discours du compatriote Ondo, nous devrions plutôt utiliser ses maladresses et ses points positifs pour l'élaboration d'une stratégie nationale visant à rendre à notre peuple son âme.
Le problème au Gabon n'est pas les ethnies, mais plutôt Bongo, l'homme par qui tous les malheurs, même ethniques, sont arrivés. Ainsi, pour que nos ethnies retrouvent l'entente et la confiance réciproques, Bongo doit absolument partir. Sa seule présence suffit pour maintenir l'état de méfiance ethnique qui nous habite tous aujourd'hui. Parce que Bongo est comme le virus du SIDA, il ronge les Gabonais à petit feu, parce que son but c'est de se maintenir au pouvoir par des procédés hautement néfastes pour le peuple. Ce Monsieur n'a maleureusement aucune retenue et ne s'arrête devant rien pour consolider son pouvoir moribond.
Le Gabon est un et indivisible. NOus au BDP savons que le salut du Gabon passe nécessairement par la solidarité et l'union nationale. Chaque ethnie a, économiquement, culturellement, socialement et politiquement d'énormes contributions à apporter à l'équation gabonaise. Du Pygmée au Fang, du Punu au Téké, du Myéné au Ndzébi, etc, TOUS ont des richesses dont le Gabon peut tirer profit pour son dévéloppement. Et ce n'est qu'au titre de ces diverses contributions que la paix sera préservée au Gabon.
Notre travail à tous est donc de nous déconditionner, de défaire la destruction causée par Bongo afin de reconstruire un Gabon nouveau où régnera paix, harmonie, entente et enrichissement mutuel des peuples qui constituent notre société. Laisser Bongo en place c'est donc compromettre cette possibilité de reconstruction et d'entente ethnique.
Voilà pourquoi Bongo doit partir, pour la reconstruction d'un Gabon nouveau.
Merci.
Raphaël-Blaise Ilunga
Chef de l'équipe technique du BDP-Gabon Nouveau.